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Condamnation de Khaled Drareni : incompréhension et inquiétude

Condamnation de Khaled Drareni : incompréhension et inquiétude

Khaled Drareni a été condamné le 10 août à trois ans de prison ferme par le tribunal de Sidi M’hamed (Alger). C’est la première fois qu’une aussi lourde sentence est prononcée par la justice algérienne à l’encontre d’un journaliste.

La peine la plus grave infligée jusque-là à un homme des médias était celle dont avait écopé Mohamed Benchicou, directeur du Matin, condamné en juin 2004 à deux ans de prison ferme qu’il a purgés entièrement.

Avant l’annonce du verdict dans le procès de Drareni, qui s’est tenu le 3 août en visioconférence, très peu s’attendaient à ce qu’il soit aussi lourdement condamné, ni même à son maintien en détention, malgré la sévérité du réquisitoire du parquet qui avait requis quatre ans de prison et quatre autres années de privation des droits civiques. C’est aussi la première fois qu’une telle sanction est envisagée depuis le début du hirak populaire en février 2019.

Les plus pessimistes voyaient venir une peine de prison ferme qui couvrirait sa détention provisoire (depuis fin mars) et éventuellement une forte amende. Khaled a été arrêté le 7 mars 2020 alors qu’il couvrait une marche à Alger.

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Placé dans un premier temps sous contrôle judiciaire, il a été incarcéré le 28. Lors de son procès, les questions de la juge d’audience et du représentant du parquet tournaient autour des appels à manifester qu’il répercutait sur les réseaux sociaux et accessoirement sur de modiques sommes qui lui ont été versées par la chaîne française dont il est le correspondant en Algérie.

La sentence annoncée dans la matinée du 10 août a créé une telle onde de choc qu’on en parle jusqu’au-delà des frontières du pays. Si certains journalistes, médias, partis et organisations ont occulté l’information, se refusant de « commenter une décision de justice », d’autres, nombreux, ont eu la réaction qu’appelle un tel pas franchi, se retrouvant autour de deux idées clés : Khaled n’a fait que son travail de journaliste et le journalisme n’est pas un crime.

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Chez les avocats, c’est la consternation. « La peine infligée à Khaled Drareni est une sanction et une menace contre toute la presse libre », dénonce Zoubida Assoul lors d’une conférence de presse organisée par le collectif de défense mercredi 12 août. Me Abdelghani Badi a évoqué pour sa part des « interférences politiques » dans le procès.

« Nous n’avons jamais vécu un scénario pareil »

Les confrères du journaliste étaient aussi nombreux à la conférence et ils ont dit toute leur indignation. « Je suis dans le monde de la presse depuis 1973 et nous n’avons jamais vécu un scénario pareil. Un journaliste condamné à trois ans de prison, on dirait que c’est un trafiquant de drogue », témoigne Omar Belhouchet, ancien directeur et membre fondateur d’El Watan.

« Pourquoi notre confrère a été différemment traité dans cette affaire et se voit, lui, infliger une peine d’emprisonnement ferme, et particulièrement lourde ? Parce qu’il s’agit d’un journaliste ? Les faits sont là, en tout cas, têtus, et qui confortent cette effrayante hypothèse », écrit le Syndicat national des journalistes (SNJ), faisant référence à la condamnation des militants Samir Benlarbi et de Slimane Hamitouche à des peines plus légères alors qu’ils étaient poursuivis dans la même affaire et pour les mêmes accusations que Khaled Drareni.

Pour le journaliste Mohamed Sidemmou, « ce qui est certain, c’est que Khaled Drareni a été arrêté, jugé et condamné en sa qualité de journaliste  ».

Une pétition lancée en ligne pour exiger la libération du journaliste a déjà récolté plus de 5 000 signatures. De nombreuses formations politiques, dont le RCD, le FFS, le PT et les autres partis du PAD ont aussi dénoncé la lourde sentence, de même que plusieurs organisations de la société civile, comme l’association RAJ ou la Ligue algérienne de la défense des droits de l’Homme. Les réseaux sociaux se sont en outre enflammés.

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Des réactions ont été aussi enregistrées à l’étranger, de la part notamment d’Amnesty International et de RSF qui a dénoncé une condamnation qui « soulève le cœur et l’esprit par son caractère arbitraire, absurde et violent ».

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De nombreux médias internationaux ont consacré de larges espaces à cette affaire, certains ayant même pris position en exigeant la libération du journaliste.  Une affaire qui n’en finit pas de susciter de l’incompréhension ici et ailleurs et surtout de l’inquiétude quant à l’avenir de la pratique du journalisme professionnel dans le pays, qui cède chaque jour davantage de terrain au journalisme « informel ». 

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