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Développement local : Tebboune opte pour la thérapie de choc

Développement local : Tebboune opte pour la thérapie de choc

Les walis avaient rendez-vous ce dimanche 16 février avec le gouvernement, en présence du président de la République. Une grande nouveauté quand on sait que les rencontres du genre ces dernières années étaient présidées par le Premier ministre dans le meilleur des cas, sinon par le ministre de l’Intérieur.

Abdelmadjid Tebboune entre dans la grande salle circulaire du Palais des nations peu après 10h. Versets du Coran, hymne national (en un seul couplet et sans les paroles, une autre nouveauté), mot de bienvenue du ministre de l’Intérieur et on entre dans le vif du sujet avec le très attendu discours du chef de l’État.

Tebboune commence par les éloges –désormais habituels- au hirak qui fêtera dans quelques jours son premier anniversaire. « Un hirak béni » qui exprime « la volonté invincible du peuple » et dont « les revendications seront concrétisées ». « C’est pourquoi nous sommes là », lance le président.

Le changement c’est aussi au niveau local, tant dans « les mentalités » que dans « les comportements ». Les walis constituent le gros de l’assistance, en plus de quelques maires reconnaissables à leur écharpe tricolore. Tous, ils écoutent attentivement les instructions du chef de l’État : intensifier les visites sur le terrain tout en veillant à éviter le gaspillage et les longs cortèges qui ne font qu’encombrer les routes, écouter la société civile, encourager les compétences et non plus l’allégeance, ne faire que les promesses que l’on est en mesure de tenir, poursuivre la lutte contre la corruption et le trafic d’influence et accorder un intérêt particulier aux localités enclavées.

Des images insoutenables

Et comme pour signifier aux walis qu’ils seront particulièrement attendus sur ce qu’ils feront pour ces « zones de l’ombre », Tebboune bouscule de nouveau le protocole et interrompt son discours, invitant l’assistance à suivre un reportage réalisé par le service de presse de la présidence.

Pendant trente minutes, des images insoutenables défilent sur les deux grands écrans géants installés de part et d’autre de la salle. De Tamanrasset à Tiaret, en passant par Djelfa, Tissemsilt, Khenchela, Batna et de nombreuses autres wilayas, la face hideuse du pays profond, et même de grandes villes portuaires et pétrolières comme Oran et Skikda, est étalée.

Routes défoncées ou inexistantes, bidonvilles et taudis de fortune, absence de commodités, eau, gaz, électricité, transport, des enfants en haillons, un père de famille qui crie son désespoir devant l’absence de perspectives pour ses quatre enfants, « tous au chômage », une adolescente qui se plaint de ne pas manger à sa faim à la cantine scolaire, cette autre qui a dû carrément quitter l’école, faute de transport…

« Descendre de la stratosphère aux zones de l’ombre »

Pour une fois, la communication officielle, habituée à ressasser les Indjazat, les réalisations du président, s’attarde sur ce qui n’a pas été réalisé. À la fin de la projection, silence de cathédrale dans la salle. Les images sont expressives, trop fortes. Les caméras zooment sur le Premier ministre Abdelaziz Djerad qui cache difficilement son émotion. Une véritable thérapie de choc.

Lorsque Tebboune reprend la parole, après un moment de silence, il va droit au but : « Il faut descendre de la stratosphère aux zones de l’ombre (…) Il est inacceptable que certains voyagent en jet privé et d’autres n’ont pas de quoi se chauffer. Dans trois mois, je veux un début de changement et dans une année, la disparition de la majorité de ces scènes ».

D’autant plus que, assure-t-il « les moyens existent ». « Nous avons débloqué deux fois 40 milliards de dinars pour les APC en décembre dernier et nous allons leur allouer une autre enveloppe de 100 milliards en avril ou mai prochain », annonce-t-il.

Tout comme les walis, les responsables centraux, les ministres en tête, ont eu leur part d’instructions. Pour le logement, Tebboune appelle à centraliser et uniformiser le fichier national pour mettre fin à la tricherie. « Un millions de logement ruraux ont été distribués et la crise est toujours là. On va promulguer une loi-cadre pour réprimer la falsification des dossiers pour obtenir des avantages indus », annonce-t-il.

Le président insiste aussi sur la transparence et le respect de la réglementation dans l’octroi des marchés. « Celui qui donne un marché non conforme aux critères ira là où vous savez », lance-t-il. Au sujet des dispositifs SKD-CKD, Tebboune révèle avoir accepté la levée du gel sous « la contrainte » parce qu’on a mis en avant « le sort des travailleurs ». « On verra ce que cela donnera dans deux mois », dit-il.

Le président répète qu’il veut une véritable industrie et ne clôt pas son intervention sans déclarer définitivement la guerre aux « lobbies de l’importation et de la surfacturation ».

« On ira vers un changement économique radical. Nous avons appris à acheter, mais pas à vendre. On n’a pas d’économie. Les lobbies de l’importation ont tué l’économie nationale. Ils importent même du sable. Derrière l’importation, il y a la surfacturation qui a atteint des taux insoutenables. On ne va pas arrêter l’importation, mais la production nationale sera prioritaire », promet le chef de l’État.

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