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Entretien avec Hassan Khelifati : « Les chefs d’entreprises déplorent un manque de visibilité »

Entretien avec Hassan Khelifati : « Les chefs d’entreprises déplorent un manque de visibilité »

Dans cet entretien, Hassen Khelifati, PDG d’Alliance Assurances, revient sur son projet de création d’une nouvelle organisation patronale qui « se tiendra à distance des joutes politiques ». Il évoque également l’inquiétude des chefs d’entreprises algériennes face à une situation économique déprimée et appelle le nouveau gouvernement à adresser des « signaux forts » aux opérateurs économiques dans le but de rétablir un climat de confiance.

Le secteur des assurances est souvent considéré comme un bon baromètre de l’économie nationale. Quels ont été ses résultats au cours de l’année écoulée ?

L’année 2019 a été globalement une année sans croissance avec une stabilisation de l’activité du secteur même si une compagnie comme Alliance Assurances a réussi à tirer légèrement son épingle du jeu en augmentant son chiffre d’affaire de 4%. L’année écoulée a été marquée par beaucoup d’événements de nature très différente mais aussi par une absence générale de réformes de l’économie. Les pratiques déloyales comme la guerre des prix ou encore l’exclusion des compagnies privées des grands marchés se sont poursuivies. Par ailleurs, la crise politique a eu pour corollaire un blocage des importations dans le domaine de l’automobile qui a fortement impacté le chiffre d’affaires du secteur qui est tributaire pour plus de moitié de la branche auto.

Pour l’instant, l’année 2020 ne s’annonce pas beaucoup mieux puisque des résultats préliminaires pour le mois de janvier semblent indiquer que l’activité du secteur est en baisse de près de 10% par rapport à janvier 2019. La raison de cette contre performance est très simple, elle est la conséquence directe de la taxe environnementale instaurée par la loi de finances 2020.

Les compagnies d’assurances nationales ont été chargées de collecter cette taxe pour le compte du Trésor public. Malheureusement, son montant, qui gonfle artificiellement la facture de l’assurance auto, pousse les assurés à se tourner vers de petites primes en renonçant à certaines garanties. Nous avons attiré l’attention des pouvoirs publics sur ce risque en réclamant soit l’abrogation de cette taxe soit sa perception directe par l’administration fiscale à la manière de ce qui se fait déjà pour la vignette auto.

Pour l’instant, nos demandes sont restées sans réponse et nos compagnies se retrouvent fortement pénalisées d’autant plus qu’elles ne perçoivent aucune rémunération au titre de la perception de cette nouvelle taxe.

Sur un autre chapitre, vous avez au cours des derniers mois évoqué le projet de création d’une nouvelle organisation patronale. Ou en est ce projet et quels sont les objectifs que vous poursuivez dans ce domaine ?

Vous avez à juste titre souligné qu’il s’agit pour l’instant encore d’un projet. Nous sommes en phase de concertation avec de nombreuses entreprises du pays et nous avons pu déjà constater que cette idée suscite beaucoup d’enthousiasme.

Notre objectif est de créer une organisation patronale innovante et nous avons actuellement beaucoup de discussions et de rencontres pour définir les valeurs que nous avons en partage et qui serviront de socle à cette nouvelle organisation.

Nous avons déjà esquissé quelques principes généraux. Notre ambition est de regrouper des entreprises créatrices de valeur et d’emplois et respectueuses des lois algériennes. Nous tirerons les leçons des erreurs et des errements du passé en nous interdisant toute implication dans les joutes politiques. Nous voulons d’abord être un syndicat qui se chargera de défendre l’entreprise algérienne et qui constituera une force de proposition.

Notre projet consiste à nous organiser en filières et en branche de façon à contribuer à la construction d’une économie plus performante, affranchie des contraintes bureaucratique et qui trouvera le juste équilibre entre l’intérêt de l’entreprise et celui de la collectivité nationale dans son ensemble.

D’après les contacts que vous avez actuellement, quelle est la situation des entreprises algériennes et l’état d’esprit de leurs dirigeants ?

Si on en juge par les informations qui remontent du terrain, les chefs d’entreprises algériens sont plutôt inquiets. Ils déplorent en général un manque de visibilité sur l’avenir de notre économie.

Plus concrètement, leurs préoccupations sont surtout alimentées par l’attitude des banques qui ont ralenti le financement de l’économie. Beaucoup d’institutions financières publiques et privées semblent avoir décidé de fermer le robinet du crédit en raison des poursuites judiciaires qui ont frappé certains dirigeants d’entreprises ainsi d’ailleurs que certains responsables bancaires. Notre point de vue sur cette question s’inspire du simple bon sens, ce n’est pas parce qu’il y a des accidents qu’on doit fermer les autoroutes.

L’inquiétude des chefs d’entreprise est également motivée par les difficultés liées au recouvrement de leurs factures par de très nombreuses entreprises dans le secteur du BTP notamment. Cette situation a d’ailleurs tendance à faire tâche d’huile et à s’étendre à beaucoup de fournisseurs.

La plupart des chefs d’entreprises algériens sont conscients que cette situation générale est un héritage de la gestion passée mais tout le monde attends aujourd’hui des signaux forts et positifs du nouveau gouvernement.

En matière de signaux positifs justement, le nouveau gouvernement insiste beaucoup sur la nécessité de réhabiliter la concertation avec les acteurs de l’économie. Comment accueillez- vous cette annonce ?

Dans la gestion des affaires de notre pays, les pouvoirs publics ont souvent pris, par le passé, la mauvaise habitude de prendre des décisions, de les appliquer sur le terrain, et de discuter ensuite avec les concernés. Le recours à plus de concertation serait bien sûr une bonne nouvelle. A condition qu’il ne s’agisse pas d’une concertation purement formelle et qu’on tienne compte réellement des préoccupations exprimées par les entreprises.

Nous accueillons aussi très favorablement les engagements du gouvernement sur la stabilisation du cadre juridique ou l’accélération de la numérisation de l’économie et de l’administration. De même que pour les réformes annoncées dans le secteur financier, il s’agit cependant de chantiers de longue haleine et il faudra juger les résultats sur les actes et sur les dispositifs qui seront mis en place pour parvenir à des résultats effectifs.

En matière de réforme de la fiscalité les choses devraient aller plus vite. Le gouvernement annonce notamment une simplification fiscale et la suppression de la TAP qui devrait intervenir avec la prochaine loi de finances complémentaire. Est-ce que vous considérez également qu’il s’agit d’un signal positif ?

L’annonce de la prochaine suppression de la TAP est une très bonne nouvelle pour les entreprises algériennes qui la réclamaient depuis plusieurs années. Il s’agit d’une taxe qui pèse très fortement sur leur rentabilité en raison du fait qu’elle est assise sur le chiffre d’affaires et non pas sur les bénéfices.

Dans beaucoup de cas, nous considérons que, notamment en ce qui concerne les activités de commerce de gros qui restent assujetties à un taux de 2%, c’est un facteur qui a contribué à pousser un certain nombre d’entreprises vers l’informel.

Maintenant, il s’agit d’une taxe très productive et qui rapporte plus de 300 milliards de dinars au Trésor public. Elle est destinée notamment à financer les collectivités locales. L’annonce de sa suppression ne règle pas tout et il faudra des ressources alternatives pour les communes, notamment les plus pauvres.

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