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Procès de l’affaire Tahkout : Ouyahia brise la monotonie

Procès de l’affaire Tahkout : Ouyahia brise la monotonie

Les procès anti-corruption se poursuivent au tribunal de Sidi M’hamed (Alger), avec l’ouverture hier lundi du procès de Mahieddine Tahkout qui se poursuit ce mardi.

« Je ne suis pas un voleur. Si je l’étais, je n’aurais pas placé mon argent dans une banque publique. Je l’aurais transféré à l’étranger à bord de l’avion spécial à bord duquel j’ai voyagé 25 fois dans le cadre de l’exercice de mes fonctions. Je suis fier d’avoir servi mon pays ».

Ce sont les propos tenus par Ahmed Ouyahia au premier jour du procès de l’affaire Tahkout.

L’homme d’affaires Mahieddine Tahkout est poursuivi avec des membres de sa familles pour l’obtention de privilèges dans le cadre des activités de son groupe dans le transport universitaire et l’assemblage de véhicules de la marque Hyundai.

Comme tous les autres hommes d’affaires jugés jusque-là, Tahkout a entraîné avec lui des cadres de l’État, notamment des responsables de l’Office national des œuvres universitaires (ONOU), du ministère des Transports, du ministère de l’Industrie et de l’Agence nationale de développement de l’investissement (ANDI), ainsi que d’anciens hauts responsables.

Pratiquement les mêmes : les ex-Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, les anciens ministres Youcef Yousfi, Amar Ghoul et Abdelghani Zaâlane sont de nouveaux à la barre.

La trame de fond est la même que celle des précédentes affaires : les responsables sont accusés d’avoir accordé d’indus avantages à l’homme d’affaires dans l’octroi de marchés publics et d’avoir enfreint la réglementation lors de l’octroi des autorisations pour la mise en place des usines de montage automobile.

Les avocats ont réitéré les mêmes réserves de forme, à savoir l’incompétence du tribunal à juger d’anciens Premiers ministres qui devraient l’être par une haute cour de l’État conformément à la Constitution, lesquelles réserves sont de nouveau rejetées pour un motif déjà entendu : en l’absence de texte d’application instituant la haute cour, c’est l’ancienne réglementation qui prime.

La ligne de défense aussi n’a pas changé non plus. Les ex-hauts responsables incriminés ont nié en bloc les accusations, affirmant avoir exécuté une politique publique.

« Le seul critère adopté pour l’approbation des dossiers des investisseurs était l’expérience, même minime, dans le domaine concerné, explique Ouyahia, l’État avait recouru au montage automobile après la chute des prix du pétrole ».

« Ni le Premier ministère ni le Conseil national de l’investissement (CNI) n’étaient concernés par l’élaboration des cahiers des charges pour l’industrie d’assemblage », se défend pour sa part Abdelmalek Sellal.

« La décision de l’État de recourir au montage automobile était en prélude à la mise en place d’une véritable industrie nationale et non de gonflage de pneus, comme il est prétendu », assure Youcef Yousfi.

Amar Ghoul s’en lave lui aussi les mains : « Toutes les instructions et correspondances qu’il a signées étaient conformes à la législation en vigueur. »

Un procès presque sans enjeu pour Ouyahia, Sellal et les autres

Seuls les propos d’Ahmed Ouyahia brisent donc la monotonie. Dans l’imaginaire populaire, les bus orange de Tahkout sont aussi ceux d’Ouyahia, mais l’homme a toujours nié et personne n’a pu en apporter la preuve.

Lors des procès précédents, il a été demandé à l’ancien Premier ministre de s’expliquer sur la provenance de 30 milliards de centimes qui ont transité par ses comptes et il a toujours apporté la même réponse.

« Mes avoirs n’avaient aucun rapport avec mon activité gouvernementale », dit-il cette fois encore, justifiant leur non-déclaration par la dégradation de son état de santé et des circonstances difficiles qu’il a eues à traverser.

Les circonstances difficiles, il en a connu depuis une année. Placé sous mandat de dépôt en juin 2019, il a collectionné les condamnations depuis décembre de la même année, cumulant jusque-là 39 ans de prison, et perdu son frère et avocat décédé alors qu’il le défendait lors du procès de l’affaire Haddad, le 22 juin dernier.

Le lendemain, il assiste, menotté et abattu, à l’enterrement. Les images font le tour du monde. Et ce n’est pas tout. A la barre, l’ancien Premier ministre confirme ce qui se murmurait depuis quelques mois : il est atteint d’un cancer et son incarcération ne lui permet pas de suivre convenablement son traitement.

Le procès s’est poursuivi ce mardi avec l’audition du reste des accusés, notamment Abdelghani Zaâlane, ancien wali et ancien ministre des Transports, et des cadres de différents ministères et administrations.

Pour les responsables jugés dans d’autres affaires, le procès est presque sans enjeu : il leur reste à éviter une condamnation plus lourde que celles déjà prononcées, le code pénal stipulant que seule la plus forte peine est exécutée.

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